15-12-07

Behxhet Pacolli : « le Kosovo doit aussi regarder vers l’Est »

http://balkans.courriers.info:80/article9257.html

TRADUIT PAR MANDI GUEGUEN

Behxhet Pacolli et son nouveau parti, l’Alliance pour un Nouveau Kosovo (AKR), ont recueilli environ 12% des voix aux élections législatives du 17 novembre. L’homme d’affaires n’exclut pas d’entrer dans une grande coalition gouvernementale qui lui permettrait de s’attaquer à la crise économique, et de rapprocher le Kosovo de la Russie dans l’optique des négociations sur le statut de la province.

Propos recueillis par Francesco Martino

Behxhet Pacolli, un des hommes les plus riches du Kosovo, est aujourd’hui un des chefs de la troisième force politique kosovare, l’AKR (Aleanca Kosova e Re - Alliance pour un Nouveau Kosovo) après avoir créé un empire du bâtiment dans des républiques ex-soviétiques et en Russie. Notre envoyé spécial l’a rencontré après le vote de samedi 17 novembre.

Osservatorio sui Balcani : Votre Alliance pour un Nouveau Kosovo (AKR) s’est présentée pour la première fois devant les électeurs et a recueilli environ 12% des votes. Comment jugez-vous ce résultat ?

Behxhet Pacolli : C’est un résultat qui n’était pas inattendu, notre mouvement n’existe que depuis neuf mois. Je crois cependant que nous aurions pu obtenir bien plus que ce résultat : nos électeurs ne sont pas militants, contrairement à ceux qui votent pour des partis comme la LDK (Ligue démocratique du Kosovo) et le PDK (Parti démocratique du Kosovo), et ils ont peut-être été découragés par les difficiles conditions météorologiques. Tous les sondages effectués avant le vote nous attribuaient 18 à 20% des voix, un pourcentage que je crois plus proche de nos réelles possibilités. Toutefois, nous sommes généralement satisfaits et nous pensons pouvoir devenir la première force politique du Kosovo aux prochaines élections.

O.B : Quelle image vous êtes-vous faite de vos électeurs ? Qui a voté pour l’AKR ?

B.P : Notre électorat est surtout constitué de jeunes, d’étudiants et de femmes. Nous comptons maintenant sur les électeurs âgés de plus de 45 ans, des électeurs déjà engagés dans des partis traditionnels, le PDK et la LDK.

O.B : Êtes-vous surpris des résultats des élections ? On s’attendait à une victoire du PDK et à un échec cuisant de la LDK ?

B.P : Je crois que le PDK, de manière réaliste, s’est stabilisé autour de 29-30%, plutôt qu’à 34%. Sans oublier les fraudes. C’est toutefois une victoire que je n’ai pas hésité à reconnaître. Désormais, Hashim Thaçi est en position de former le nouveau gouvernement, il a de l’expérience et je dirais pour faire vite que c’est une personne adaptée au poste de Premier ministre. Cependant, je ne sais pas s’il pourra réaliser les nombreuses promesses faites pendant la campagne électorale.

O.B : A-t-il déjà commencé à consulter les autres leaders politiques ? Une participation au prochain gouvernement est-elle possible pour vous ?

B.P : J’ai déjà publiquement déclaré que l’AKR est ouvert au dialogue avec tout le monde, pour former d’éventuelles coalitions gouvernementales. Je suis prêt à discuter avec ceux disposés à accepter entièrement notre programme. Le programme de l’AKR est né des demandes et des problèmes quotidiens du peuple du Kosovo, avec un plan économique qui prévoit la revalorisation du secteur agricole et la possibilité de faire travailler les jeunes. Il se fonde sur le fait de travailler dur et d’être volontaire. Selon moi, notre programme est le seul qui soit vraiment pragmatique et qui puisse être mis en œuvre.

O.B : Jusqu’à quel point est-il important pour l’AKR de participer au gouvernement ?

B.P : Pour nous, participer au gouvernement n’est pas fondamental. Nous craignons que s’il nous fallait entrer dans l’exécutif, nous ne soyons qu’un petit partenaire. Autrement dit, cela impliquerait une situation dont nous n’avons rien à gagner. Il nous faut entrer dans la Parlement beaucoup plus massivement pour élaborer des lois compréhensibles qui définissent les droits et les devoirs des citoyens, et que tous ceux qui ne respectent pas les règles soient sanctionnés. Jusqu’à aujourd’hui, rien de tout cela n’a eu lieu : les lois sont complexes et difficiles à comprendre, et elles provoquent la confusion chez les citoyens.

Nous voulons des lois faites pour eux et non pour les fonctionnaires. Nous voulons créer au Parlement les conditions pour que le gouvernement travaille de manière transparente et fonctionnelle, en réduisant la bureaucratie et en favorisant la qualité de l’administration. Il existe aujourd’hui 16 ministères dont les rôles et les fonctions ne sont pas clairs. Nous voulons les réduire à 5 ou 6. Nous voulons aussi introduire un système présidentiel. Aujourd’hui au Kosovo, il faut un « père de famille » qui assume les responsabilités dont personne ne veut. Voilà pourquoi nous voulons un Président qui soit élu directement par les citoyens.

O.B : Qu’est-ce qui va changer au Kosovo après ces élections ? Quels sont les principaux problèmes auxquels devra faire face le nouvel exécutif ?

B.P : Le nouveau gouvernement a un énorme travail devant soi. Avant tout, améliorer la situation économique actuellement désastreuse - le chômage des jeunes atteint les 70%. Pour affronter ce défi, il faut une énorme expérience économique, et c’est justement ce qui fait défaut au PDK. Hashim Thaçi a cherché à impliquer dans le parti quelques spécialistes, mais à y regarder de plus près, on voit que l’expérience leur manque. Je ne suis guère convaincu par leur programme dans ce domaine, ils se trompent de direction et leurs propositions sont démagogiques.

Il y a aussi l’indépendance, une question qui concerne tout le monde et pas seulement le gouvernement. L’indépendance arrivera, mais le problème est de savoir comment. Au Conseil de sécurité, nous aurons énormément de mal à parvenir à une décision vu les oppositions serbe et russe. Nous devons toutefois rechercher une solution qui soit acceptable pour nos amis américains et européens, sans quoi le Kosovo s’enfoncera dans une impasse.

O.B : L’AKR est aujourd’hui la troisième force politique du Kosovo. Vous demanderez de participer à l’équipe unitaire de négociations, l’organisme qui représente le Kosovo à la table des négociations sur le statut final de la région ?

B.P : Oui, il est probable que nous demandions à entrer dans l’équipe unitaire, aussi parce que certains de ses membres actuels n’entreront pas dans le nouveau Parlement, n’ayant pas dépassé la barre des 5% (le mouvement réformiste ORA). Il s’agit justement de ceux qui m’ont le plus critiqué pendant la campagne électorale et qui sont aujourd’hui perdants. Notre demande de participer à l’équipe unitaire sera toutefois tributaire de la manière dont nous percevons le bénéfice du travail fait par cet organisme politique.

O.B : Vous avez plusieurs fois évoqué la possibilité d’un dialogue direct entre Pristina et Belgrade. Qu’est-ce que cela signifie ?

B.P : Ces déclarations que j’ai faites à la radio Voice of America ont été reprises et utilisées contre moi pendant la campagne électorale. Le Kosovo a besoin de retourner à la table des discussions avec la Serbie et avec les citoyens serbes du Kosovo. Nous parviendrons à l’indépendance, mais nous devons vraiment commencer à cohabiter avec les Serbes et à ouvrir le dialogue avec la Serbie, qui est un de nos voisins les plus importants. Nous devons lui faire comprendre que l’indépendance ne signifie pas qu’ils auront perdu le Kosovo. Les frontières devront s’ouvrir le plus possible, les personnes, les idées, l’argent et les marchandises doivent circuler librement.

O.B : Comment jugez-vous le boycott mis en avant par la communauté serbe du Kosovo ?

B.P : Je crois que cela fut une grosse erreur. Ils ont perdu une chance, car ils auraient dû être présents ici, au Parlement du Kosovo, qui est leur maison, le lieu où combattre démocratiquement pour leurs intérêts. Le Kosovo n’appartient pas seulement aux Albanais, mais à tous les citoyens kosovares, donc aussi aux Serbes. Ces derniers se sont trompés en écoutant Belgrade.

O.B : Vous êtes avant tout connu comme un entrepreneur à succès. Avez-vous aussi investi de manière importante au Kosovo ?

B.P : J’emploie plus de deux mille personnes au Kosovo, où je possède une compagnie d’assurances, une grande banque, une chaîne de magasins et une société de construction en bâtiments. Je tiens à préciser que mes investissements ont tous un caractère privé, je n’ai jamais travaillé sur des projets financés par le budget public, parce que le Kosovo n’est pas encore suffisamment mûr pour de grands investissements.

O.B : Mais, dans l’éventualité de votre future entrée au gouvernement, ne croyez-vous pas qu’il pourrait y avoir un risque de conflit d’intérêts ?

B.P : Certainement, mais je ne suis ni le premier ni le dernier homme d’affaires à entrer en politique et ces situations peuvent être réglées grâce à la loi. Entre autres, j’ai déjà renoncé à ma position dans de nombreuses sociétés qui m’appartiennent. Je ne suis pas entré en politique pour favoriser mes affaires parce que ma richesse a été créée entièrement à l’étranger et non au Kosovo. Je n’ai fait qu’amener ici des investissements et du développement. J’ai la conscience tranquille et je crois que ma présence est nécessaire pour garantir aux citoyens du Kosovo un niveau de vie digne.

O.B : Vous avez des interlocuteurs importants en Russie. Croyez-vous que cela pourrait constituer un obstacle à votre éventuelle participation au gouvernement du Kosovo ?

B.P : Je critique la classe politique kosovare, qui jusqu’à aujourd’hui a élevé un vrai mur à l’Est, tous ses regards étant tournés vers l’Occident. Nul doute que l’indépendance du Kosovo serait impossible sans l’aide de nos alliés états-uniens et européens. Pourtant l’erreur a été de ne pas ouvrir une quelconque forme de dialogue vers l’Est : cela pourrait renforcer notre présence sur ce front, pour faire en sorte que les canaux d’informations restent ouverts. Un exemple : aujourd’hui tous les reporters russes travaillent depuis Belgrade, ils ne sont pas au Kosovo pour voir la situation directement sur le terrain. Si c’était le cas, ils se rendraient compte qu’après les destructions de la guerre, après les maisons brûlées et les morts, un retour du Kosovo sous le giron de la Serbie est tout simplement impossible.

16:12 Gepost door Kris Roman in Kosovo en Metohiya | Permalink | Commentaren (0) |  Facebook |

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